C’est en Europe, et pourtant j’ai classé l’Islande dans cette rubrique… car peut-on se sentir, en effet, plus loin sur le globe ? Loin de l’Europe occidentale, de ses cieux cléments, de ses prairies sages, de ses champs cultivés… Ici règnent la roche et la lave, ici le ciel sans cesse pleure puis se ploie en arcs colorés; ici la terre est rude mais s’irise à l’automne de mille extraordinaires nuances.

La terre islandaise s’échauffe jusque sous les glaciers. Elle expire des volutes de fumée ; elle crache des geysers brûlants ;   elle éclate en volcans ;  elle pulse ses eaux bouillantes vers les centrales géothermiques, qui l’acheminent tout droit dans votre robinet…  sans restrictions (les Islandais paient très peu pour l’eau chaude et rien pour l’eau froide !)

D’ailleurs, après trois jours en Islande, votre peau et vos cheveux sont méconnaissables : les méfaits du chlore ont été remplacés par les bienfaits du soufre et de la silice !

La terre islandaise est différente. J’ai voyagé en beaucoup d’endroits et sur d’autres continents, mais c’est la première fois que je ressens, dès la sortie de l’aéroport, une aussi forte impression de dépaysement.

A peine a-t-on quitté l’aéroport de Keflavik qu’on roule en effet dans un champ de lave noire.

Des cratères lunaires, des roches hérissées, déroulent à l’infini, sous un ciel bas, leur étrangeté.

Reykjavik surprend d’une autre manière : par sa petitesse et son calme, ses maisons de bois colorées, typiquement scandinaves ; sa grande et paisible place centrale, son immense lac où nagent les cygnes sauvages.

Habitués de la rumeur, de l’agitation, des néons et des enfilades de vitrines qui font l’ordinaire de nos capitales, nous nous avons du mal à nous persuader que cette jolie petite ville en est une.

Mais il faut la mesurer à l’aulne des autres « villes » islandaises : quelques maisons autour d’un clocher font déjà une grosse bourgade !

Ici, quelque 300 000 habitants disposent d’un territoire équivalent à peu près au 5ème de la France… (sans la Corse)… c’est dire qu’ils ne se bousculent pas !

Lorsqu’on quitte la ville par le Sud, on longe les spectaculaires cascades de Skogafoss et Seljalandsfoss; on traverse de minuscules et ravissants villages de pêcheurs, dont Eyarbakki et Stokkseyri (réputé pour leurs restaurants de langoustines); ce sont des hameaux aux couleurs vives face au noir des plages, dont le sable vous fouette la figure à vous faire mal; vous longez des falaises balayées par des vents d’une puissante suffisante pour relever les chutes d’eau d’une cascade, et projeter ses flots vers le ciel !  C’est la première fois que je voyais ce phénomène  !

 Je vous conseille de faire halte à Vik  : c’est un endroit saisissant. La route qui y mène passe au bord d’Eyjafallajökull, le volcan qui assombrit l’espace aérien l’année dernière;

il est entouré d’un glacier qui avance sa grande langue blanche sur le vert sombre de la lande.
A Vik, on trouve quelques hôtels… mais n’imaginez pas pour autant une grande ville.

Un hôtel, ici, c’est souvent une petite maison de bois, ou quelques chambres chez l’habitant. Lesquels se regroupent autour de l’église luthérienne. Toute blanche avec un clocher rouge qui s’élève face à l’océan, elle regarde les flots furieux  et la plage de sable noir. D’immenses falaises rocheuses dressent leurs silhouettes déchiquetées dans cette baie unique, sauvage, somptueuse.

Vik, c’est aussi un bon point de départ vers les Hautes Terres du Landmanalaugar.

Le 4/4 est non seulement conseillé, mais obligatoire pour ce parcours : à mesure qu’on s’enfonce dans ces landes sauvages, les chemins se font de plus en plus cahoteux, mal dessinés ; on s’y perd et parfois, on cherche où est passée la route, soudain interrompue par un cours d’eau ou par un amas de roches…

Les rivières barrent le chemin aux endroits les plus inattendus, et se font de plus en plus profondes… je vous garantis quelques sueurs froides quand le 4/4 de location n’est plus de première jeunesse, car l’idée de se trouver emporté ou enlisé, voire de devoir sauter dans l’eau glacée puis attendre d’hypothétiques secours dans cette immensité désertique, a de quoi vous faire frissonner !

En voiture, si comme moi hélas vous disposez de peu de temps, vous pouvez traverser le Landmanalaugar en une journée (bien sûr, beaucoup choisissent d’y randonner plusieurs jours !) Il est impossible de dormir dans les Hautes-Terres à moins d’y camper ou de réserver son lit en refuge (longtemps en avance, durant la saison touristique)… mais en octobre ils sont désertés et pour la plupart, fermés.

Celui qui se trouve au coeur du Landmanalaugar, pourtant, était au contraire… complet ! Il faut dire qu’il est situé dans un extraordinaire endroit, qu’on n’atteint qu’après plusieurs heures de route en tout-terrain, avec l’impression d’aller… au bout du monde (et de n’être pas sûr d’en revenir !) Et juste à côté du refuge coulent des sources chaudes, alimentant l’un de ces bassins naturels, surmontés de fumée, dans lesquels on se baigne avec délices en toutes saisons.

Si les températures clémentes de l’été sont sans doute plus propices aux randonnées, et l’hébergement plus facile dans les refuges, je ne regrette pourtant pas d’être venue ici par un automne bien avancé : la palette de coloris, sur les landes et sur les roches, est incroyablement riche.

Les jaunes et les ocres, les roux et les rouges, les roses pâles des bruyères, le vert foncé, le vert tendre, le vert bleuté… la palette chromatique est si large et variée qu’on ne cesse de s’exclamer.

Et le ciel d’octobre, assurément plus gris et pluvieux que celui du mois d’août, offre des compensations : je n’avais jamais vu tant d’arc-en-ciel en si peu de temps, et si bien vus, car ici nul immeuble, nulle maison, nulle fumée industrielle, ne vient troubler l’éclat de leur couleur, estomper leur netteté, casser leur courbe parfaite !

Etant arrivés du Landmanalaugar par le Sud, on en ressort par la route menant vers le Nord… après tant de sentiers cahoteux, on retrouve soudain une chaussée carrossable et on se dirige vers Hekla.

On peut faire étape à Laugaras, charmant village doté d’un pont suspendu, mais je vous en reparlerai… A Laugavartan, petite ville voisine au bord d’un  immense lac et de sources chaudes, je vous conseille de faire halte pour manger dans un délicieux restaurant réputé pour ses truites… dont je vous reparlerai également !

Vous passerez aussi par Gulfoss, site célèbre pour ses impressionnantes chutes d’eau, et par l’incontournable site de Geysir, pour y voir le grand geyser qui donna son nom à tous les autres, environnés d’autres geysers et d’étonnants cratères fumants ou emplis d’eaux, rouges, turquoises… ou d’une incroyable transparence ! Puis à Thingvillir, immense plaine au bord d’une faille géante, jonction de deux plaques tectoniques, où se tenait le premier Parlement islandais (celui des Vikings, peuple moins barbare et plus démocratique qu’on le croit !)… et où fut fondée en la République d’Islande.

 Pour fermer le cercle (le fameux « cercle d’or » dont vous parleront tous les guides touristiques sur l’Islande) une halte au Blue Lagoon s’impose; situé tout près de l’aéroport, c’est une dernière étape de rêve… qui mérite un billet à elle seule !
J’y reviendrai… Je n’en ai pas fini avec l’Islande !

En pratique…

Pour vous loger à Vik…

 Je vous recommande vivement le Country Hotel Hofdabrekka, réservé via le site booking.com à un prix très raisonnable au regard des tarifs islandais (assez exhorbitants). Pour 150€ nous avons eu une jolie et spacieuse chambre, un excellent dîner, un excellent et copieux petit déjeuner à l’islandaise, et libre usage des hot tubs : magique, le soir, de plonger dans les bains chauds et fumants d’eau sulfureuse et de s’y prélasser devant le splendide panorama, les falaises qui se découpent au loin, la silhouette des rochers de Vik sur la plage, le vent qui souffle autour de vous… En plus, cet hôtel familial est tenu par un couple charmant…

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