La chanson que je vous propose pour cette troisième récré musicale est moins une ode au voyage qu’à l’amour ! Un très beau texte, oublié ou méconnu : forcément,  Béranger, ça vous dit quelque chose ? Il était interdit d’ondes radio et TV au plus fort de sa notoriété, et d’autant plus ignoré des médias depuis sa mort d’un cancer, à 66 ans, en 2003… raison de plus pour le redécouvrir !

 

Natacha,
Ton nom c’est déjà un voyage,
 A quoi bon dépenser nos sous
A vraiment partir et pour où ?
A partir,
Je préfère les rivages ombreux,
De notre grand lit aux draps bleus,
Où on découvre des merveilles…

Si tous les hommes savaient parler à leurs femmes de cette façon, Go Voyages, Nouvelles Frontières et le Club Med seraient ruinés. Vous n’allez pas reprocher sa radinerie, son petit esprit ou son manque de curiosité à un amoureux qui vous donne une justification pareille, toute voyageuse dans l’âme que vous êtes ! Heureusement pour le salut des globe-trotters, malheureusement pour le coeur des femmes, bien peu de poètes sauront vous dire :

En toi je fais de longs voyages
Les plus beaux les plus incroyables
Il me semblait que toi aussi
Tu t’en vas…
Je crois bien que tu reviendras
Non pas que je sois prétentieux
Mais nos voyages c’était bien mieux…

Je ne parle même pas de ceux qui sauraient comparer votre ventre à une plaine à blés où le lion court après la Vierge sous le soleil de juillet; à supposer qu’il s’attarde à observer votre estomac, l’homme moyen se contentera de vous trouver ballonnée…
C’est donc peut-être aussi par assimilation à l’espèce (X) que j’ai toujours adoré cette ode au voyage en continent féminin. J’avais le 33T quand j’étais petite (voilà qui ne me rajeunit pas.) François Béranger, chanteur libertaire et anar très représentatif des idéalistes seventies, était sans doute plus connu à l’époque pour ses textes enragés et contestataires. Pas forcément ceux qui ont le mieux vieilli.
Je me souviens d’une excellente et très acerbe Tranche de Vie , où il se demandait à quoi ça sert d’être né, de ses Joue pas avec mes nerfs et de ses Mots terribles… mais finalement, les chansons d’amour vieillissent beaucoup moins vite que les chansons politiques, non ?

Au fait, ça vous rappelle rien, des bluettes comme celle-ci ? Est-ce que la Fille qu’aime François ne vous évoque pas la Gonzesse de Renaud ? Tant dans le texte et les comparaisons argo-drôlatiques, que dans le style et la musique… et ce n’est pas le seul emprunt de Renaud à son aîné contestaire (version assurément plus authentique de la contestation !) Le seul tube de Béranger, Mamadou m’a dit, en 1979, évoque (en plus chaloupé) les accents d’Hexagone…
Une filiation plus avouée et même revendiquée chez Sanseverino, qui a rendu plusieurs fois hommage, en interviews et en public dans ses concerts, à ce talent artistique resté quasi-inconnu médiatique… et a repris sur son premier album baptisé le Tango des gens, le très mordant Tango de l’Ennui – plus tard chanté en duo avec son auteur, sur scène, en 2002.

Pour notre part, on se contentera de le remercier de nous avoir suggéré le plus beau et le plus économique des voyages… accessible à tous, à condition de trouver sa Natacha/son François !

Si vous avez une suggestion pour un prochain Glob Song (chansons de voyage) ou Glob Book (livres de voyages) n’hésitez pas à m’en faire part dans vos commentaires… je les mettrai à l’honneur dans les prochaines rubriques !

Publicités