Un voyage en Colombie, qui s’est un peu prolongé pour cause d’éruption volcanique en Islande, m’a tenue éloignée de mon écran quelques semaines !  Comme les quelque 10 000 personnes bloquées un peu partout sur le globe… j’ai finalement réussi à passer au-dessus du volcan ! 

Le volcan Eyjafjöll le 17.04.2010 © AFP/Halldor Kolbeins

Qui eût cru qu’un volcan islandais puisse chasser durablement tous les avions du ciel nord-européen ? Vu d’Amérique latine, où je me trouvais aux débuts de cette mémorable éruption, cela semblait totalement invraisemblable : on en a ri et plaisanté, avant de prendre la pleine mesure de cette situation inédite… mais oui, les aéroports, là-bas, en Europe, fermaient les uns après les autres ! Mais oui, notre ville lumière devenait ville morte, en tout cas ville inaccessible pour beaucoup – la grève sncf venant s’ajouter aux interdictions de vol.
Alors que les fumées progressaient, tout le nord de l’Europe devenait camp retranché, comme un ilôt antique, château-fort démodé sous des cieux fermés. Privé de son horizon économique, touristique, commercial : à l’heure de la mondialisation internautique, alors que notre monde global semble virtuellement unifié, on a donc redécouvert que  les frontières et distances réelles restent tout de même un bel obstacle, quand on ne sait plus les franchir d’un battement d’ailes motorisées.

Maintenant que le volcan Eyjafjöll, dans le sud de l’Islande, s’est un peu calmé ( jusqu’à quand ?) et que les vols ont repris, l’Union européenne tire un premier bilan : plus de 100.000 vols annulés, près de 10 millions de passagers bloqués, des pertes chiffrées à 2,5 milliards d’euros pour le secteur aérien.
Des mesures d’aide sont envisagées (sous la forme de prêts au taux du marché et report de certains paiements) mais aussi une réforme radicale du contrôle aérien,  a annoncé la Commission européenne. Celle-ci propose « des changements structurels pour assurer que nous ne nous retrouvions pas à nouveau dans cette situation ».
Tous les ministres européens des Transports sont donc convoqués le 4 mai prochain pour envisager cette réforme. L’Europe devrait notamment se doter d’un « seul régulateur du ciel européen », d’ici fin 2010 : une telle unification aurait permis « une réponse bien plus agile » dans cette crise.

De son côté, l’agence de contrôle aérien européenne Eurocontrol a mis en place une équipe d’experts, pour déterminer si les autorités ont réagi de façon appropriée au nuage de cendres.

Car bien sûr, la polémique enfle : on a exagéré, on en a trop fait… Principe de précaution, inutile peut-être, mais si une catastrophe avait eu lieu, les mêmes qui crient aujourd’hui à l’exagération auraient crié au scandale et à l’incompétence, auraient accusé les gouvernements d’avoir sacrifié sciemment des vies pour ne pas ruiner le commerce.
Et je vous l’assure, en tant que passager, quand on vous annonce que le ciel est empli de cendres qui pourraient paralyser les moteurs, on préfère finalement patienter à terre…
Même aujourd’hui, j’aurais quelques appréhensions : car les fumées sont loin d’être dissipées, même si la noirceur des marées de pétrole louisianais a chassé, dans les médias, celle des tourbillons de cendre islandais.

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