Se baigner sous un ciel glacial, alors que la température extérieure avoisine le 0 et observer dans les volutes de vapeur des joueurs d’échecs torse nu, plongés dans la réflexion… et dans l’eau chaude… c’est une expérience irréelle qui ne se vit que dans la capitale hongroise !

Les Bains Széchenyi un jour de mars, par 2° dehors...

 

 Les fameux bains thermaux qui parsèment la ville, à ciel ouvert ou sous des coupoles byzanthines, contribuent au cachet inimitable de cette capitale de l’Est unique en son genre : on la compare souvent à Prague, à tort. Elle n’en a pas la beauté éblouissante mais un peu figée, la densité stupéfiante de merveilles architecturales et de touristes dans un centre historique un peu « musée ». Elle n’a pas non plus l’élégance classique mêlée de modernité d’une grande capitale commeVienne, ni son aplomb de nantie. Car Budapest a connu un demi-siècle d’austérité communiste, les saccages humains et architecturaux du totalitarisme,  la transition difficile vers l’économie de marché ; elle est aussi une métisse, au confluent des cultures slave et latine, germanique et orientale; et enfin une ville double, à la fois Buda et Pest, que partage le Danube  ! Cette histoire et cette géographie particulière ont façonné son visage singulier.  

Je n’y ai passé que trois jours au début de ce mois de mars : voici, d’après cette courte expérience, mon Top Six des choses à faire et à voir en priorité, lors d’un bref séjour hivernal; ce n’est évidemment pas un choix exhaustif, mais des suggestions partiales ! J’espère bien que vos propres enthousiasmes viendront compléter les miens… car chaque voyage est unique !   

1. Les Bains Gellert, et l’hôtel du même nom pour poser vos valises 

Hôtel Gellert, vu du sommet de la colline du même nom...

 

 Je commence par là, car la première question qu’on se pose généralement quand on prépare un voyage, c’est… où dormir ? Séjourner à l’Hôtel Gellert a deux grands avantages : il est fort bien placé et permet de profiter à volonté des Bains du même nom, parmi les plus réputés de la ville. La couverture d’une bonne partie des guides de voyage sur Budapest s’orne de la photo de leur splendide piscine interieure, enchâssée dans une splendide salle à colonnes rococo sous un plafond de verre !    

C’est une immense piscine de natation, chauffée à 26°. Mais dans d’autres salles (un vrai labyrinthe de marbre et de colonnes se déploie dans ces sous-sols) vous trouvez les bassins d’eau thermale chaude : 36° et 38° ! Hommes et femmes sont séparés, et on peut faire trempette tout nu.  Après quoi, un bref plongeon dans le petit bassin glacé… Et l’impression d’avoir plongé aussi dans le mode de vie raffiné de l’Antiquité romaine, avec ses « caldarium, tiepedarium et frigidarium » !
Les Romains, d’ailleurs, ont été les premiers à découvrir et exploiter les nombres sources thermales de la ville (31, rien que pour Budapest… et plus de 500 sources thermales dans toute la Hongrie !)
Les premiers thermes construits ici sont dûs à l’empereur Tibère ; la tradition fut reprise et perpétuée par les Turcs, qui firent notamment construire les thermes Ràc, Rudas et Kiràly – à découvrir aussi : leur décor de bains turcs n’a pas changé, mais  la modernité est entrée sous les coupoles : Cinetrip y organise souvent des soirées techno au décor hallucinant, avec baigneurs danseurs nimbés de lumières colorées !
Quant à Gellert, une « oriental touch » vient également épicer la tradition gréco-romaine, puisqu’après le marinage en eau très très chaude (chargée de soufre, de magnésium et de sel, et miraculeuse, paraît-il, pour la peau et les articulations) vous pourrez aller suer encore un peu dans le hammam. Détente absolue et peau de bébé assurées après une telle alternance de chauds-froids : je vous conseille d’amener un gant de gommage et de finir par une bonne friction sous douche froide !
Après quoi on se sent ramollo, et on apprécie vraiment de n’avoir qu’un peignoir à enfiler (fourni par l’hôtel) pour remonter directement dans sa chambre !  

 Chambre au demeurant très vaste, avec vue sur le Danube : j’ai lu sur Trip Advisor plusieurs avis négatifs sur l’hôtel, jugeant les chambres vieillottes et indignes d’un 4 étoiles. C’est oublier que le prix n’est pas non plus celui d’un 4 étoiles… du moins en France ! Il est vrai que les salles de bains ne sont pas de la plus grande modernité, et que le mobilier a gardé une austérité stalinienne. Mais la double ne vous coûtera pas plus de 150€ en temps normal, et moins de 100 en période de promotions (fréquente), avec le petit dej et l’entrée aux Bains inclus : avec l’offre « Budapest Winter Dream » (valable jusqu’au 30 avril 2010 dans plusieurs hôtels de Budapest) : une nuit offerte pour deux nuits payées, avec en bonus une coupe de champagne hongrois (ou autre boisson) offerte au bar de l’hôtel, et 20% de réduction sur leurs restaurants. Le prix de la double passe ainsi sous la barre des 90 : le rapport qualité-prix est alors excellent !   

D’autant que cet établissement réputé garde toute la majesté et les services d’un grand hôtel – marbres, coupoles Art Déco,  portier, bagagiste… Vous êtes au pied de la colline de Gellert et vous pouvez allez à pied jusqu’à la Citadelle. En passant le pont de la Liberté, face à l’hôtel, vous rejoignez Pest : vous êtes à une dizaine de minutes du marché central, et de là vous pouvez continuer vers le centre historique. Et si vous n’avez pas envie de marcher, plusieurs lignes de tramway très pratiques ont un arrêt juste à côté de l’hôtel. Bref, si je reviens à Budapest, je séjournerai à nouveau au Gellert – en espérant retomber sur une promo !  

 2. Les ponts et le Danube

 Si on loge au Gellert, le premier qu’on voit et emprunte est celui de la Liberté :  l’un des neuf ponts, tous détruits et tous reconstruits après la Seconde Guerre Mondiale, qui relient Pest à Buda, par-dessus les 28 km de Danube qui traversent la ville.
Savez-vous qu’on peut même gagner Vienne ou Bratislava directement depuis Budapest, grâce à des bateaux hydroglisseurs ?  D’avril à octobre, il y a des allers et retours tous les jours : vous partez à 9h de Budapest, vous arrivez à 14H30 à Vienne ! Un peu coûteux, certes (89€/adulte le billet) mais il y a des promotions et puis, c’est une excellente façon de jumeler la visite de deux grandes villes de l’Est… Renseignements auprès de Mahart PassNave. Mais si vous ne séjournez pas assez longtemps à Budapest pour faire des escapades, vous devrez vous contenter des bateaux mouches qui sont nombreux à vous proposer des croisières diurnes ou nocturnes à travers la ville : à signaler, on peut même faire un plongeon dans le Danube en autobus amphibie ! Ce curieux véhicule pour touristes, premier du genre en Europe aux dires des brochures trouvées ici,  parcourt les plus belles rues de la ville et vous balade sur les rives de Pest, avant de se jeter dans l’eau depuis une rampe ! Et vous voilà sur un bateau qui vous amène voir l’île Marguerite et le panorama de Buda… Je n’ai pas testé cette étonnante innovation, mais si vous voulez des infos, c’est ici.
Mais les bateaux ne sont pas la seule manière d’admirer les nombreux ponts de Budapest. En grimpant sur la colline du Gellért (au pied de l’hôtel; ascension d’une vingtaine de minutes) vous aurez une belle vue panoramique des berges, du pont de la Liberté – le plus célèbre de la ville – et au loin, du pont des Chaînes, le premier ayant relié les deux villes distinctes qu’étaient alors Buda et Pest (il fut inauguré en 1848, et Buda et Pest furent officiellement réunies en 1873).
Cette petite montagne en pleine ville est unique, classée, protégée… et tranquille : la plupart des touristes montent directement à la Citadelle par le Bastion des Pêcheurs. Vous pourrez le rejoindre ensuite, après avoir marché sur les traces d’Attila – il a dû contempler le même panorama – et visité cette citadelle qui fait office de belvédère, au sommet du mont. Elle est hérissée de deux énormes statues, l’une soviétique – qui rappelle la « libération » de la ville par les Russes, et l’autre catholique, qui indique à flanc de montagne le lieu de martyre de Saint Gellért… 
Enfin, pour avoir une vue d’ensemble des ponts, du fleuve, dont le Parlement et le château, vous pouvez aussi prendre le tram (très pratique pour sillonner Budapest) : la ligne 2, en particulier, longe le Danube et vous permet de voir les bâtiments les plus importants : vous partez de la place Jàaszai Mari, faites le tour du Parlement, vous suivez le fleuve et tous ses ponts, et vous parvenez jusqu »à Boràros tér, une grande place située en face du pont Petöfi. 

 3. Un casse-croûte au marché couvert 

 Sitôt passé le pont de la Liberté en direction de Pest, on tombe sur le grand marché couvert, sous de célèbres halles Art Déco (1896). Cet immense édifice de brique rouge surmonté de tours néogothiques et décoré de majoliques, abrite une foule d’étals colorés, débordant des spécialités locales : chapelets de ces fameux piments rouge dont on fait le paprika national, canards et foies gras (et oui, c’est aussi l’apanage de la Hongrie !), noix et miels… Un régal pour tous ceux (dont je suis) qui adorent le versant gastronomique des voyages et ne manquent jamais de s’intéresser aux recettes et spécialités culinaires locales !   

D’ailleurs, ce marché est idéal pour une pause déjeuner : au premier étage, des petits échoppes vous proposent des soupes goulasch, petits roulés de chou farci, saucisses et autres mets roboratifs à la hongroise… ou des casse-croûtes plus universels, tels que sandwichs, hot dogs et pizzas. Plusieurs stands de crêpes, appétissantes, garnies de noix ou de fruits, poudrées de sucre glace… Des strüdels aussi (celui que j’ai goûté ne valait pas les strüdel viennois.) Et pour arroser tout ça, vous pouvez opter pour un verre de vin de Tokay à tout petit prix…    

4. Les Bains Széchenyi,  le boisVarosliget, la place des Héros… et un verre chez Robinson 

Ne ratez pas cet étonnant complexe thermal, avec ses trois immenses piscines (l’une pour nager, les deux autres pour tremper dans l’eau thermale chaude) au coeur d’un palais baroque de couleur jaune : l’hiver, avec la vapeur qui se dégage et les joueurs d’échecs barbotant en plein air, c’est vraiment magique et irréel ! Si les Bains témoignent tous d’un certain art de vivre, celui-ci est encore plus emblématique puisqu’il est sis dans le Bois de Ville, comme une respiration au coeur de la capitale. On y trouve aussi une patinoire en plein air et un féérique château, digne de Disneyland : le château de Valdahunyad, qui réunit les styles baroque, renaissance, baroque, roman, gothique… et transylvanien : tout a été reproduit ici pour concentrer en un seul édifice mille ans d’architecture hongroise ! Il abrite aussi le Musée de l’Agriculture. A quelques pas, vous trouverez deux autres grands musées, celui des Beaux-Arts et la galerie d’Art moderne : ils sont sur la majestueuse place des Héros, située à l’entrée du Bois. En son centre se dresse une imposante colonne de 36m, surmontée par l’Archange Gabriel et entourée de colonnades en arc de cercle et des statues de grands personnages historiques hongrois. Dans le bois, un restaurant réputé, Robinson. Vu le prix prohibitif des menus, vous pouvez vous contenter d’y prendre un verre (déjà fort cher) pour apprécier le cadre superbe, avec les baies vitrées et la terrasse en bois donnant sur le lac… et un service impeccable, fort aimable.  

 5. Un déjeuner chez Marvelosa, avant l’ascension au Château et à Obuda

A quelques pas du célèbre pont des Chaînes et du funiculaire qui vous permet de grimper au château, vous trouverez un adorable café-salon de thé-restaurant baptisé Marvelosa, meublé comme un petit salon privé : fauteuils et sofas couleur framboise, cheminée, napperons de dentelle sur de petites tables, buffets hauts avec de la vaisselle… L’atmosphère est très cosy, la cuisine familiale, l’accueil très aimable. A peine étions-nous entrés et avions-nous laissé échapper quelques mots de français qu’on entendait Edith Piaf nous chanter le répertoire national… un CD de chansons françaises visiblement mis à notre intention ! Les soupes goulasch sont véritablement délicieuses, ainsi que les surprenants gâteaux hongrois…
De quoi prendre des forces avant la montée vers le Palais Royal (180m d’altitude). Bien sûr, vous pouvez la faire à la paresseuse, par le funiculaire : un adorable petit train électrique qui ressemble à un jouet, réplique exacte d’un véhicule construit à la fin des années 1860 et détruit pendant la guerre.
Dans le Palais, on trouve la Galerie nationale, le Musée historique de Budapest, la Bibliothèque Nationale. On poursuit facilement à pied à travers les petites ruelles de l’ancien centre de Buda, vers le Bastion des Pêcheurs. Cette surprenante construction de style néo-roman suit le contour des anciens rempards et met en valeur la magnifique église Mathias, l’un des monuments emblématiques de la ville. Du Bastion, on surplombe tout Pest : une vue à ne pas rater !  

  

  

6. Les Champs-Elysées budapestois, la Maison de la Terreur… et un dîner Fatàl !

 L’avenue Andràassy relie le centre-ville à la place des Héros : conçue en 1870, sur le modèle haussmanien de nos Champs-Elysées, c’est une longue (2,5km) et large artère bordée d’arbres, avec des contre-allées et des magasins élégants. En-dessous passe le métro : à noter, c’est le premier qui fut ouvert en Europe continentale, et il est vraiment pratique, rapide et sûr !
Sur l’avenue Andràassy, vous pourrez admirer la superbe façade de l’Opéra national hongrois, inaugré en 1884. Mais un monument moins « riant » est également à voir et à visiter : la Maison de la terreur, ancien siège du parti nazi hongrois, puis de la sinistre police politique communiste, l’AVO et l’AVH. La visite des cachots fait vraiment courir des frissons dans le dos et témoigne de tout ce que l’homme est capable d’inventer pour faire souffrir son prochain : instruments de torture divers, cellules emplies d’eau ou trop petites pour qu’on puisse s’y tenir debout, trop étroites pour qu’on puisse s’y asseoir ni s’y accroupir, sans lumière et capitonnées pour les pauvres suppliciés qui devenaient fous… C’est aussi un hommage qu’on leur rend, avec les photographies, dans chaque cellule, de quelques-uns de ceux qui y périrent, prisonniers politiques, opposants, manifestants de la révolution avortée dans le sang de 1956, femmes et même enfants – l’AVO n’hésitait pas à arrêter les enfants dès 12 ans. Le parcours scénographique donne aussi la parole à des prisonniers, déportés ou exilés, qui racontent leur enfer : les films sont projetés au long du parcours. Un seul reproche : la scénographie est fort bien conçue, mais n’est clairement compréhensible qu’à ceux qui maîtrisent parfaitement le hongrois ou l’anglais… les autres en seront réduits à deviner lorsqu’ils n’ont pas tout saisi  des propos rapportés ou des documents exposés !
Pour vous remettre de vos émotions, le soir, offrez-vous un dîner chez Fatàl : comme son nom l’indique, ce restaurant achèvera… votre appétit ! Les plats – typiquement hongrois ou plus internationaux, type tex-mex – vous sont présentés directement dans la poêle, la casserole ou sur la planche à découper. A moins que vous ayiez un appétit d’ogre, vous pouvez les partager : même à deux, on peine à finir l’unique portion de « salade variée » – un énorme saladier empli de laitue, d’oignons, de tomates, champignons… délicieux mais copieux ! La panure de l’escalope viennoise est une merveille de légereté : elle arrive toute gonflée, soufflée, aérienne… mais l’escalope en question emplit une planche ronde de la dimension d’un billot de boucher ! L’ambiance est à la hauteur : type auberge à la bonne franquette, avec des serveurs joviaux en tablier. Et les prix sont vraiment très honnêtes pour une telle prodigalité dans les portions !  

 En pratique :  

Y aller :  le plus économique, c’est EasyJet, qui relie Paris à Budapest à partir d’une trentaine d’euros l’aller simple – mais il faut réserver tôt pour bénéficier des meilleurs prix !

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