Cette rubrique « Glob Songs » se veut une récréation, une pause entre deux articles, dédiée aux chansons qui nous ont donné envie de partir… Si vous avez envie de partager, vous aussi, une chanson qui vous a donné des ailes, n’hésitez pas à participer !

Pour ma part, il s’agit surtout de chansons françaises – car je suis une littéraire plus qu’une mélomane, très sensible aux mots – bien sûr, si leur musique particulière, leur agencement, leur poésie, colle parfaitement au rythme de la chanson, c’est encore mieux pour se laisser emporter… on the road !

Une évidence… Par qui d’autre entamer cette rubrique, quand on voyage depuis des années dans les albums colorés de ce musicien et chanteur vagabond ? Certes, la vidéo est un peu kitsch – très années 80… mais que la chanson était donc belle !

Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Lavilliers laisse rarement indifférent. Avec ses muscles de prolo et ses discours d’intello, il s’est fait des ennemis dans les deux camps – les uns trouvant ses textes trop hermétiques, les autres se moquant de ses roulements de mécanique…  On l’a longtemps classé à tort dans les chanteurs « à texte, de gauche, engagé » qui pullulaient dans les années 70 et 80 sur la scène française – et pas  souvent pour le meilleur ! Pourtant, ses chansons « politiques » prônent clairement une philosophie anarco-individualiste qui refuse les étiquettes, les partis, les sauveurs politiques et le processus même du vote. Il ne s’est jamais laissé enregimenter dans le  prêt-à-penser pour chanteur idéologiquement correct… C’est un libre penseur comme c’est un libre voyageur.

Evidemment, il surjoue un peu cette figure de  « baroudeur » Solitaire et aventurier, à l’écart de la masse et bien au-dessus des petites contingences ordinaires du quotidien. Cela suscite parfois l’ironie :  la moqueuse chanson des Fatals Picards est plutôt  rigolote; gentleman, Nanar en a souri et a même accepté d’apparaître sur leur clip, tournant la parodie à son avantage.

Bref, c’est un artiste non-consensuel comme je les aime – il n’a aucun besoin de faire dans la provoc à deux balles pour se faire détester et remarquer ! Il écrit ses textes en poète, joue de la guitare en virtuose, a su mêler des influences musicales et littéraires très diverses, de Ferré aux Doors, du rock au reggae, de Kipling à Boris Vian… pour en faire une oeuvre très personnelle. 

Et puis, pour évoquer quelques critères plus personnels, c’était l’idole de mes seize ans. Le mythique album live de ses débuts, T’es Vivant, sur lequel il figure torse nu et poing levé, était mon disque de chevet. La photo n’y était certainement pas étrangère – je l’eûs moins aimé si son bras avait été plus maigrichon, son torse plus mollasson. Mais il y avait aussi la voix chaude et grave qui implorait : « Oh mon amour emporte-moi… Emporte-moi loin de la zone… Vers des pays chagrins, vers des pays faciles, vers des pays… dociles ».  Moi je l’aurais bien emporté partout où il voulait  !
Hélas, il n’a plus l’âge de chanter torse nu et je n’ai plus celui d’avoir des idoles. Mon emballement fougueux s’est donc mué en tendresse raisonnée et raisonnable, et je chéris ses albums comme on chérit de vieux  compagnons… de voyage. Car chacune de ses chansons reste une petite évasion…
Il a su nous faire voguer avec lui « autour des îles de la mer Caraïbe », nous entraîner au Brésil; nous partions très loin, dès les premières et sublimes notes de Fortaleza ou de  San Salvador. Mais ce Marin nous a aussi embarqués au Nicaragua et à Saïgon, à New-York ou à Kingston  et même un Samedi soir à Beyrouth !   En vrai Gentilhomme de Fortune, le Gringo nous a toujours fait partager ses Carnets de Bord. Il reste notre grand Voyageur de la chanson française,  celui qui saura toujours nous réconforter de sa voix chaude en nous jurant que oui,  Y a peut-être un ailleurs !

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